Témoignage Réorientation : Juliette en ostéopathie

Juliette, actuellement en cinquième année d’ostéopathie, a réalisé deux années de PACES en 2014 et 2015 avant de se réorienter. Aujourd’hui, elle se confie sur cette réorientation, à propos de ses aspects pratiques mais aussi psychologiques.

Quel bac as-tu passé et en quelle année ? As-tu eu une mention, et si oui laquelle ?

2014 – Bac S, mention assez bien (13,89), mention européenne physique en anglais.

Quel était ton niveau au lycée ? Avait-tu des facilités ?

Niveau très bon en sciences, et anglais, et moyen/bas en français, histoire, philo. J’ai toujours eu des facilités pour réussi mes contrôles sans apprendre (par exemple je n’ai pas révisé pour le bac, j’ai eu 17 en spécialité physique, 16 en SVT, 13 en maths, mais j’ai eu 5 en histoire, 7 à l’oral de français et 9 en philo). Mais comme ça m’a toujours suffi pour passer, je n’ai jamais pris la peine de réviser.

Première PACES

Qu’est-ce qui t’a poussé à tenter les études de santé ?

Je voulais être médecin légiste, et j’ai toujours aimé les études. Si vous connaissez le test MBTI, je suis une INTJ, donc j’aime toujours chercher loin, creuser les informations et j’aime énormément les énigmes et essayer de comprendre. Donc je trouvais que les études de médecine correspondaient bien. J’ai toujours trouvé le corps fascinant, car ce n’est pas juste comme une machine créée par l’homme, mais c’est un corps qui a évolué avec la nature et qui est très complexe. (J’ai toujours été fan de Dr. House aussi).

Le test MBTI (Myers Briggs Type Indicator) est un indicateur mis au point en 1962 permettant de se rapprocher de son type psychologique parmis 16 personnalités différentes. Cette évaluation d’une durée approximative de 12 minutes est gratuite et accessible ici, si jamais ce genre de test de personnalité t’intéresse 😉

Etait-ce à quoi tu t’attendais ? (niveau demandé, ambiance, autonomie…)

Je m’étais énormément renseignée, je savais tout sur la vie en PACES, donc je m’attendais à tout ça en arrivant en première année. Le niveau est intense, il faut réussir à réviser tous les jours pour garder le rythme, et le mieux c’est d’arriver à réviser 5x chaque matière avant les partiels.

Entendre que d’autres étudiants lisent leurs cours plus fréquemment ou moins fréquemment peut être stressant, pouvant même parfois nous pousser à nous questionner sur notre propre manière de faire. Garde à l’esprit que le nombre de passage sur un cours avant de le connaître est propre à chacun, et surtout reste relatif à plusieurs autres facteurs : rapidité de lecture, mise en fiche éventuelle, affinité avec le cours en question… la meilleure manière de progresser : se comparer à soi-même !!

A quelle(s) spécialité(s) t’es-tu inscrit(e) ? Pourquoi ?

Pendant ma première PACES, je ne me suis inscrite qu’en médecine car c’est ce que je voulais vraiment, et je ne voulais pas avoir des cours en plus (ex spé sage femme ou dentaire) qui risqueraient de m’empêcher de bosser correctement mes cours de médecine.

Quels ont été tes classements au premier et au second semestre ?

1er semestre : 1005
2ème semestre : 565 en médecine

T’attendais-tu à ces résultats ? Quels effets ont-ils eu sur toi ?

Je m’attendais à ces résultats car, malgré le fait que je savais tout ce qui m’attendait en PACES, j’ai gardé mes mauvaises habitudes de ne pas bosser en rentrant chez moi. Je n’avais jamais révisé donc c’était assez difficile pour moi de m’y mettre 10h par jour alors que je ne l’avais jamais fait. J’arrivais à bosser pendant 2 jours, puis je ne faisais rien pendant 2 jours, et ainsi de suite…

Donc finalement je me suis sentie coupable pour mes résultats bien sûr, mais je mentirais si je disais que je ne m’y attendais pas. Comme je suis hyperactive, je suis incapable d’écouter en cours plus de 5mn de suite, donc je n’arrivais pas à écouter, ni à réviser par la suite… Autant dire qu’en médecine, ce n’est absolument pas possible de réussir avec cette façon de bosser.

Seconde PACES

Qu’est-ce qui t’a motivé à retenter la première année ?

Je voulais toujours rester dans le corps médical, j’ai toujours adoré l’ambiance de l’hôpital, et je n’aime pas “abandonner” un projet si j’ai l’occasion de réessayer.

As-tu modifié quelque chose dans ta manière de travailler ? (méthode de travail, prépa privée, tutorat…)

J’ai réussi à bosser un peu plus régulièrement, et j’ai décidé de bosser avec des partenaires (je ne parlerais pas “d’amis” car finalement on ne s’en fait pas vraiment en PACES). Nous étions 2-3 personnes qui arrivions à nous motiver mutuellement, ça m’a quand même aidée à bosser plus régulièrement.

Un nombre très important d’étudiants, un emploi du temps essentiellement orienté vers le travail, un esprit de compétitivité latent, l’incertitude quant à savoir si on aura l’occasion de revoir son voisin de TD l’année d’après ou pas… autant de caractéristiques propres à la première année de santé qui font que souvent, ce n’est pas le meilleur moment pour tisser des liens forts. Evidemment cela ne veut pas dire que c’est impossible, ni qu’il est exclu de sympathiser avec d’autres étudiants pour au final, pourquoi pas, s’entraider !

A quelle(s) spécialité(s) t’es-tu inscrit(e) ? Pourquoi ?

Médecine, sage-femme et dentaire. Je voulais augmenter mes chances de rester dans les métiers de la santé. Kiné ne m’intéressait pas (ayant eu une 40aine de séances de kiné qui ne m’ont pas servi à grand chose, ça ne m’a pas donné envie d’aller dans cette voie). Et la pharmaco ne m’intéressait pas plus que ça.

Quels ont été tes classements au premier et au second semestre ?

1er semestre : 626
2ème semestre : 450 en médecine (je ne me souviens plus tout à fait pour les autres, mais je n’étais pas loin d’être prise en sage-femme).

T’attendais-tu à ces résultats ? Quels effets ont-t-il eu sur toi ?

J’ai réussi à mieux travailler, donc je me doutais que j’allais avoir un meilleur classement, mais je bossais si peu comparé à ceux qui réussissaient habituellement, que je savais très bien que je n’allais jamais passer en P2. Pour donner une moyenne, je bossais approximativement 3H par jour (mais plutôt par pics de 6H une journée, rien le lendemain, 6H une journée, rien le lendemain etc…). Ce qui n’est absolument pas suffisant.

Si ces résultats t’ont affectée négativement, qu’est-ce qui t’a permis de retrouver le moral ?

Les jeux vidéos principalement, ça a toujours été mon échappatoire (et en partie ce qui a causé ma non-réussite de la PACES).

Réorientation

A quel moment as-tu commencé à songer à la réorientation ?

Après le 1er semestre de ma deuxième PACES. Je savais que mon classement n’était pas assez bon donc j’ai cherché autre chose au cas où je n’avais pas mon deuxième et 3eme choix (sage femme et dentaire).

Quels étaient tes plans de réorientation ? Qu’est-ce qui a motivé ton ou tes choix ?

Ostéopathe, car je voulais continuer sur le corps humain, et l’ostéopathie m’a beaucoup aidée (pour les problèmes que le kiné n’a pas pu régler). J’ai discuté avec mon ostéopathe, qui m’a expliqué le métier, et je me suis rendue compte que ça correspondait très bien à mon envie de comprendre le corps en profondeur. Le fait d’essayer de chercher vraiment pourquoi la personne a mal, de régler la cause et non pas juste les conséquences/symptômes.

Je me suis également rendue compte que je n’avais pas une très bonne affinité avec les médicaments, c’était pour cela aussi que je voulais être légiste au départ, pour ne pas avoir de médicaments à prescrire.

Comment as-tu été renseigné ? (Internet, proches, salons étudiants…)

Je suis allée dans des salons étudiants, et j’avais un proche de la PACES qui n’a pas redoublé comme moi mais qui était parti en ostéo, donc je lui ai posé beaucoup de questions.

Quand et comment t’y es-tu pris ? (procédure à suivre, attente…)

Je me suis inscrite en mars dans une école d’ostéopathie, où j’ai dû déposer un dossier et passer un entretien. J’ai eu une semaine d’attente puis j’ai eu la réponse de mon acceptation. J’ai tout de même fini ma PACES pour ne pas avoir d’année incomplète dans mon dossier.

Formation actuelle

Quel a été ton parcours depuis la PACES ?

1ere année d’ostéopathie, 2eme, 3eme, puis 4ème année.

Que fais-tu actuellement ?

Je suis en 5ème année d’ostéopathie.

Est-ce quelque chose qui te convient et qui te plaît ?

Je dois avouer que, même si j’ai quelques remords de ne pas avoir + travaillé en médecine, je suis tellement contente d’être en ostéo, c’est vraiment un métier qui correspond à ce que je voulais. On apprend le corps autant qu’en médecine (particulièrement la neuro), et j’étais étonnée de voir à quel point on doit comprendre le corps, ses interactions, etc. Au début je voyais cela plus comme une thérapie manuelle simplement, mais il faut au départ qu’on comprenne le corps du patient, pourquoi il est dans cet état (quand ce n’est pas une cause médicale bien sûr). Par exemple quelqu’un qui vient pour des maux de ventres constants à cause du stress, ça ne sert à rien de lui donner un médicament, mais on va chercher la cause de ce stress, on peut travailler sur les système sympathique/parasympathique, le nerf vague etc…

On est dans une thérapie qui va bien avec la psychologie également. Ce n’est donc pas étonnant qu’on puisse demander à une personne de voir un psychologue pour discuter de ce stress etc, et on va travailler ensemble avec la psychologue finalement. Je dirais que nous nous occupons de traiter les “maux que les personnes ne peuvent pas exprimer par des mots”. Ces douleurs psychosomatiques que finalement beaucoup de gens oublient ou ne cherchent pas la cause.

Décris-nous un peu tes journées.

J’ai cours tous les jours, de 8h30 à 19h30 (avec une pause midi de 12h30 à 13h30). Cela fait donc des journées assez denses. On a souvent les 4h du matin en théorie, et les 6h de l’aprèm en pratique ou en théorie, mais ça dépend des années. En 2ème, 3ème et 4ème année, on a beaucoup de sémiologie en plus de l’anat/physio, donc on a énormément de cours théoriques.

As-tu des activités à côté de tes études/ton travail ? (hobbys, job étudiant, voyages…)

Je travaillais au McDo en plus des cours pendant ma 2ème année, mais j’ai arrêté car le rythme avec les cours était insoutenable (je finissais les cours à 19H30 et j’allais bosser de 20H à 1H du matin au McDo.) J’avais un contrat de 24H au McDo en plus de mes 50 heures de cours.

Maintenant je me garde du temps libre pour les jeux vidéos.

As-tu déjà un objectif professionnel en tête ? Si oui lequel ?

J’ai pour projet de monter mon cabinet dans le village où j’habite (où il n’y a pas encore d’ostéopathe).

Rapport avec la PACES

Au début, à quel point regrettais-tu ne pas avoir eu la PACES ? (note entre 0 et 8)

8

Et à présent ? (note entre 0 et 8)

3

Précise-nous un peu tes réponses.

En sortant de la PACES, j’étais dégoûtée de ne pas avoir réussi à me mettre au travail. Je ne bossais quasiment pas et je sais que c’est entièrement ma faute, donc je m’en voulais énormément.

Maintenant que j’aime mes études et mon futur métier, je regrette toujours de ne pas avoir réussi à me mettre au travail en PACES, mais je le regrette surtout parce que ça m’aurait aidé énormément pour ma première année d’ostéopathie (car on a les même matières qu’en PACES).

Penses-tu que la PACES t’a apporté quelque chose de bénéfique dans ta vie ? (épanouissement personnel, connaissances, rencontres…) Ou regrettes-tu plutôt de l’avoir même tenté ? (temps perdu, période psychologiquement difficile…)

J’ai eu mon appart pendant la PACES, donc ça m’a permis de m’épanouir au niveau de l’autonomie. De plus, j’ai tout de même appris à me prendre un peu en main au niveau des révisions (contrairement à avant la PACES où je n’ai jamais eu besoin de bosser).

J’ai toujours adoré les études donc je ne considère absolument pas ça comme du temps perdu, surtout que je suis restée dans le domaine de la santé donc j’avais quand même quelques connaissances qui me servent dans mes études actuelles.

Pour finir

La réorientation en PACES est un sujet tabou auquel on a rarement envie de penser, pourtant c’est une réalité pour beaucoup d’étudiants. Que voudrais-tu dire à un étudiant qui hésite sur son orientation ?

Je dirais que ce n’est pas une fatalité en soi de rater sa première année. On a toujours un autre domaine qui nous intéresse aussi, et ce n’est pas grave de rater la première année, vu la difficulté du concours. Il faut aussi se dire que ça ne prouve rien sur notre intelligence et nos capacités, car ceux qui réussissent sont ceux qui arrivent à apprendre en masse. J’ai eu l’occasion de parler avec plusieurs personnes qui ont réussi, et bien souvent ils apprenaient juste par cœur, sans comprendre ce qu’ils apprenaient. Et ça pour moi c’est une chose importante que de ne pas se rabaisser soi-même car on a pas réussi la PACES.

S’il y avait une formule magique pour passer sa première année de santé, ça se saurait. Que ce soit par apprentissage par coeur essentiellement, ou avant tout par efforts de compréhension plus ou moins facilités, pour réussir il est nécessaire d’identifier les outils et les méthodes de travail adaptés à son profil personnel et ses capacités. Pourquoi ne jetterais-tu pas un coup d’oeil à nos fiches de méthodologie pour avancer dans ta quête de ‘la méthode parfaite’ ? 😉

Au final, bien sûr que je regrette un peu d’avoir raté ma PACES, mais je suis heureuse d’avoir pu passer ces années à mieux me comprendre et à savoir ce que je voulais finalement. Il ne faut jamais penser que ce sont des années ratées, mais ça aide toujours à se découvrir soi-même, et on peut prendre le temps de voir quel métier nous plairait si on doit se réorienter, surtout qu’il existe beaucoup de métiers dans le domaine de la santé, qui ne nécessitent pas de passer par la PACES